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Alerte secteur — Horeca en danger·7 min de lecture

Horeca en danger : Matthieu Léonard alerte, « le contrat est rompu »

Le 15 juillet 2026, Matthieu Léonard, président d'Horeca Brussels, adresse une lettre ouverte au gouvernement fédéral et aux présidents de parti. Son verdict : caisse blanche généralisée sans contrepartie, primes Activa supprimées, stationnement asphyxiant, hôtels doublement taxés. Les musiciens ont commencé à jouer sur le pont du Titanic Horeca — et le politique qui osera un plan de sauvetage, on s'en souviendra en 2029.

Portrait de Matthieu Léonard, président d'Horeca Brussels, sur la couverture de la lettre ouverte « Le contrat est rompu » adressée au gouvernement fédéral et aux présidents de parti.
Matthieu Léonard, président d'Horeca Brussels — couverture de la lettre ouverte « Le contrat est rompu » (juillet 2026). Source : Horeca Brussels.
Bernard Frisque
ParBernard FrisqueÉditeur responsable — Election.brussels
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Aperçu auto : titre, résumé et image officielle de l'article.

Ce n'est pas un communiqué de plus. C'est une lettre ouverte de rupture. Le 15 juillet 2026, Matthieu Léonard, président d'Horeca Brussels (Fédération Horeca Bruxelles), écrit aux membres du gouvernement fédéral et aux présidents de parti pour acter la fin d'un contrat de confiance vieux de dix ans entre l'État belge et son secteur cafés-hôtels-restaurants. Titre en forme de constat clinique : « Plan Horeca : le contrat est rompu ». La DH parle d'un « point de rupture » et évoque même l'hypothèse d'un boycott politique.

Le mot de la rédaction — Bruxia

Après des années à se disputer la présidence de la fédération Horeca à coups d'attaques médiatiques et de procédures judiciaires, la fédération se réveille enfin pour sa vraie mission : défendre le secteur. Cette lettre ouverte marque, à nos yeux, le moment où l'énergie interne redevient énergie de combat pour les cafetiers, restaurateurs et hôteliers bruxellois. Il était temps.

Analyse et opinion éditoriale — Rédaction Bruxia / Election.brussels. Distincte des faits sourcés cités dans l'article (Horeca Brussels, IHI, Statbel, Brussels Governance Monitor, DH, RTBF, La Libre, BX1). Éditeur responsable : Election.brussels. Contact : redaction@election.brussels.

Lettre ouverte de Matthieu Léonard (PDF, 4 pages)

« Plan Horeca : le contrat est rompu » — Horeca Brussels, 15 juillet 2026.

📄 Télécharger la lettre (PDF)

1. Ce qui déclenche la lettre : le SCE 2.0 imposé le 1er juillet 2026

Intérieur d'une brasserie bruxelloise typique au petit matin — bar en bois, becs à bière belges, vue sur un tram et une rue pavée sous la pluie.
Bruxelles vit à travers son écosystème Horeca : brasseries, cafés, bistrots ouverts jusqu'à l'aube — un patrimoine social et économique irremplaçable. (Illustration IA — Election.brussels)

Depuis le 1er juillet 2026, le Système de Caisse Enregistreuse 2.0 (SCE 2.0) — la fameuse « caisse blanche » et sa black box — s'impose à tout l'Horeca : restaurants, hôtels, cafés, bars, boîtes de nuit, snacks, sandwicheries, friteries. Aucun établissement de la Commission paritaire 302 (CP302) n'y échappera.

Léonard ne conteste pas le principe : « Nous n'avons jamais fui la transparence ». En 2016, le secteur avait accepté le SCE 1.0 en échange d'un contrat clair : TVA sur les repas ramenée de 21 à 12 %, flexi-jobs créés pour l'Horeca et réduction ONSS « groupe-cible » sur les cinq premiers temps plein. « Donnant-donnant. Nous avons tenu notre part. » Dix ans plus tard, le SCE 2.0 généralise l'effort — mais efface les contreparties.

2. Cinq griefs, chiffres à l'appui

  • Caisse blanche pour tous, à nos frais — environ 1 000 € par établissement pour s'équiper, sans mesure compensatoire. Avec le car-wash, l'Horeca est le seul secteur visé.
  • Fin de la réduction ONSS « groupe-cible » depuis le 1er juillet 2026, malgré l'engagement du ministre Vandenbroucke de la maintenir. Manque à gagner : 500 à 800 €/trimestre par temps plein sur les 5 premiers déclarés via la caisse blanche, soit 10 000 à 16 000 €/an qui s'évaporent.
  • Aucune réforme de la TVA — le repas servi en salle reste à 12 % contre 6 % pour le take-away, le traiteur et la grande distribution. La bouteille d'eau à table : 21 %, contre 6 % à emporter.
  • Hôtellerie doublement punie — le taux de TVA sur l'hébergement touristique passe de 6 à 12 %. Une hausse actée dès mars 2025 (Brussels Governance Monitor).
  • Flexi-jobs bradés — la mesure phare, née pour compenser la caisse blanche, est désormais ouverte à tous les secteurs, sans contrôle fiscal renforcé.

À cela, Léonard ajoute la défiscalisation des pourboires, « toujours fantôme » depuis les élections de 2024, bloquée en commission de la Chambre sur une confusion sémantique entre pourboires et rémunération au tronc.

« À un moment donné, STOP, ça suffit ! Alstublieft !!! » — Matthieu Léonard, président d'Horeca Brussels, 15 juillet 2026.

3. L'étage bruxellois : Activa, parking.brussels, taxes communales

La lettre ne s'arrête pas au fédéral. Léonard vise ensuite frontalement la Région bruxelloise.

Plan Activa vidé de sa substance. La réforme de l'aide à l'emploi Activa — largement utilisée par l'Horeca — fait fondre le budget de 30 à moins de 10 M€ (Horeca Brussels, BX1).

parking.brussels étouffe les clients de l'hinterland. Selon le baromètre Brupartners repris par Bruzz, un commerçant bruxellois sur deux constate une baisse de clientèle directement liée aux difficultés de stationnement. La Libre a documenté en juin 2026 le cri des restaurateurs du quartier du Châtelain : « On meurt à la pelle ». La RTBF rapporte que parking.brussels a dû annuler 177 000 redevances en 2025 après un rapport cinglant de la médiatrice régionale — pratiques que la ministre bruxelloise de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen) est directement sommée de corriger.

Communes en « rage taxatoire ». Léonard dénonce la hausse du précompte immobilier refacturée aux hôtels via leurs grandes surfaces, et les taxes sur les terrasses, enseignes, places de parking et jusqu'aux bornes de commande, y compris dans des établissements qui n'ont rien de multinationales. « Nous sommes des cochons de payeurs. L'addition, c'est in fine nous qui la soldons. »

4. Le contexte : faillites record et image dégradée

Terrasse d'un café bruxellois fermée à la tombée de la nuit, chaises retournées sur les tables, panneau « fermé / gesloten » à la vitre, pavés mouillés éclairés par un réverbère.
Faillites record : 1 206 en mars 2026 selon Statbel, plus haut niveau depuis 2015. À Bruxelles, l'Horeca concentre 17 % des dépôts de bilan. (Illustration IA — Election.brussels)

Les chiffres officiels donnent raison au président d'Horeca Brussels.

  • En mars 2026, Statbel recense 1 206 faillites sur le mois — plus haut niveau pour un mois de mars depuis 2015 (+14,1 % vs mars 2025).
  • Sur l'année 2025, Brussels Governance Monitor chiffre 2 208 faillites en Région bruxelloise (+13,2 % sur un an) : construction, Horeca et transport sont les plus touchés. 17 % des faillites bruxelloises sont dans l'Horeca, contre 6 % du parc PME.
  • Visit.brussels a fermé son guichet Place Royale et voit son budget passer de 22 à 16,3 M€ — un signal envoyé au tourisme et à l'hôtellerie.

5. Corinthia : quand l'hôtellerie de luxe tire la sonnette d'alarme

Lobby d'un hôtel haut de gamme bruxellois en soirée, marbre poli, lustre en cristal, réception vide, une valise oubliée près d'un fauteuil, vue sur la Grand-Place sous la pluie.
Hôtellerie doublement taxée : TVA fédérale doublée sur les nuitées (6 → 12 %) ET couche bruxelloise (taxe régionale par nuitée + taxes communales) — même le seul palace de la capitale affiche –70 % de marge d'exploitation en 2025. (Illustration IA — Election.brussels)

L'inquiétude ne touche pas que les bistrots de quartier. Le 10 juin 2026, International Hotel Investments plc (IHI) — maison-mère cotée à Malte du Corinthia Grand Hotel Astoria Brussels (ex-Astoria rouvert en 2024 comme premier palace de Bruxelles) — a publié son Financial Analysis Summary qui, pour la première fois, isole les chiffres bruxellois.

🚨 Corinthia Brussels — exercice 2025 (source IHI, 10 juin 2026)

14,95 M€
Revenus 2025
–10,52 M€
EBITDA 2025
–70,4 %
Marge EBITDA

Prévision IHI 2026 : revenus 23,2 M€ (+55 %), EBITDA remontant à –1,5 M€. Retour à l'équilibre repoussé au-delà de 2027.

L'EBITDA n'est pas la perte nette : c'est un indicateur d'exploitation avant intérêts, impôts et amortissements. Mais pour un premier exercice complet, le signal est cinglant — et il est corroboré par la presse financière maltaise (whoswho.mt, 11 juin 2026). Quand le seul palace bruxellois, positionné en haut du marché, brûle plus de 10 M€ sur son année de lancement, ce n'est pas un accident d'exploitation : c'est le symptôme d'un environnement fiscal devenu hostile.

La double peine fiscale bruxelloise

Chaque nuitée vendue à Bruxelles supporte aujourd'hui deux couches de fiscalité empilées — l'une décidée au fédéral, l'autre à la Région et dans les communes :

  • Étage fédéral — la TVA sur l'hébergement touristique passe de 6 à 12 %, doublement acté dès mars 2025 (Brussels Governance Monitor). Un choc de coût que les hôteliers ne peuvent pas répercuter intégralement sur des tarifs déjà comparés en temps réel avec Amsterdam, Berlin ou Paris.
  • Étage régional & communal — par-dessus la TVA, la taxe régionale sur les établissements d'hébergement touristique (par nuitée, par chambre) et les taxes communales sur les grandes surfaces, terrasses, enseignes et bornes de commande, dénoncées par Léonard comme une « rage taxatoire » qui refacture aux hôtels la hausse du précompte immobilier.

Résultat : à Bruxelles, un même euro de chambre est taxé deux fois avant même d'atteindre la marge d'exploitation.

Le mot de la rédaction — Bruxia

Matthieu Léonard ne cite pas Corinthia nommément dans sa lettre. Mais quand le palace amiral de la capitale affiche –70 % de marge d'exploitation pour son année d'ouverture, le message que nous en tirons est difficile à contourner : ce ne sont pas les bistrots de quartier qui vacillent, c'est toute la pyramide hôtelière bruxelloise — du snack au cinq-étoiles — qui absorbe le même choc fiscal en même temps.

Analyse et opinion éditoriale — Rédaction Bruxia / Election.brussels. Distincte des faits sourcés cités dans l'article (Horeca Brussels, IHI, Statbel, Brussels Governance Monitor, DH, RTBF, La Libre, BX1). Éditeur responsable : Election.brussels. Contact : redaction@election.brussels.

Chronique invitée

L'Horeca doit se réinventer !

Les 5 pistes du chroniqueur Pierre Chaudoir — pour sortir du réflexe fiscal et repenser le modèle bruxellois.

  1. 1
    Une offre trop large

    L'offre Horeca à Bruxelles est surdimensionnée — trop d'établissements pour une demande qui s'est contractée.

  2. 2
    Réinventer le restaurant en top bistrot

    Miser sur des plats à partager : meilleure expérience, moins de stress sur l'addition, coûts maîtrisés — donc plus de marges.

  3. 3
    Droits de bouchon

    Proposer des droits de bouchon pour alléger le coût des caves et redonner du choix au client.

  4. 4
    Mutualiser bar / resto / salle

    S'inspirer de la Tricoterie, le Fox… un même lieu, plusieurs usages, une rentabilité partagée.

  5. 5
    Yield Marketing

    Pratiquer des prix adaptés selon les heures — comme les compagnies aériennes ou l'hôtellerie : lisser les pics, remplir les creux.

Chronique —Pierre Chaudoir· Storymaking & permaculteur humain — chroniqueur sur BFM Radio
Plan d'urgence

6. Ce que l'écosystème Horeca demande

3 mesures concrètes, chiffrables et vérifiables pour sauver l'ADN cafés-hôtels-restaurants de Bruxelles.

1
Alléger les charges

Rétablir une véritable réduction ONSS « groupe-cible » pour l'Horeca et prolonger les flexi-jobs sans nouveau plafond punitif. Contrepartie promise en 2016 pour la caisse blanche — à réactiver avec le SCE 2.0.

2
Débloquer le parking

Moratoire sur la suppression des places autour des établissements Horeca, gratuité du premier créneau le soir et le week-end, refonte de parking.brussels pour cesser d'asphyxier les quartiers commerçants.

3
100 % déductibilité TVA

Restaurer la déductibilité fiscale à 100 % des repas d'affaires sur simple souche TVA de caisse blanche. Coût neutre pour l'État (recettes déjà tracées par la black box), effet immédiat sur les carnets de commandes.

Rédaction Bruxia — synthèse éditoriale des demandes du secteur

7. La question qui fait mal : et si l'Horeca boycottait ses élus ?

C'est la première fois qu'un président de fédération Horeca met les mots sur la table. Sans en faire un mot d'ordre, Léonard interroge :

« Faut-il fermer nos portes à nos élus ? Faut-il en arriver à instaurer des "black fridays", mais valables tous les jours, et retrouver des établissements débranchés du câble de la caisse blanche ? […] Parce que quand tu as faim, tu tentes de t'alimenter par tous les moyens. »

Le président rappelle le poids du secteur : 55 000 entreprises, 160 000 salariés, 12 milliards € de contributions globales annuelles, 5 % de l'emploi net en Belgique. Et prévient : la baisse d'un milliard d'euros de charges patronales annoncée pour 2030 se traduira, par travailleur Horeca, par une économie de 300 à 400 €/an — « très largement insuffisant pour compenser ce que l'on nous retire aujourd'hui ».

8. Notre lecture — le titre du prochain scrutin ?

Cette lettre n'est pas un caprice sectoriel. C'est un signal politique envoyé à tous les partis à moins de trois ans du scrutin de 2029. Empilez la caisse blanche 2.0, la fin d'Activa, l'inflation, la black box, la mobilité bruxelloise punitive, l'image dégradée du centre-ville, les fusillades qui font fuir la clientèle du soir, un palace qui vend des actifs pour tenir — et l'on comprend pourquoi le président d'Horeca Brussels parle de « point de rupture ».

Un fait est certain : l'élu qui osera mettre son nom sur un vrai plan de sauvetage Horeca — fédéral et régional, fiscal et réglementaire — s'en souviendra en 2029. Et le secteur s'en souviendra plus longtemps encore. Election.brussels suivra les prises de position parti par parti dans les jours qui viennent.

Lettre ouverte de Matthieu Léonard (PDF, 4 pages)

« Plan Horeca : le contrat est rompu » — Horeca Brussels, 15 juillet 2026.

📄 Télécharger la lettre (PDF)

Sources

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Aperçu auto : titre, résumé et image officielle de l'article.