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Quatre mois après sa prestation de serment le 14 février 2026 comme ministre bruxellois de l'Emploi, de l'Économie et de l'Économie numérique, Laurent Hublet (Les Engagés) publie Brussels All.In — la feuille de route économique de la Région pour 2026-2029. Le document, adossé à la Déclaration de politique régionale du Ministre-Président Boris Dilliès (MR), assume un format inhabituel à Bruxelles : un cap, pas un catalogue.
Election.brussels a passé le texte au peigne fin. Pas de paraphrase publicitaire, pas d'hallucination IA : ci-dessous, ce que le ministre annonce vraiment, ce que les chiffres disent, et ce qu'il restera à vérifier sur le terrain.
« Nous avons mis 100 jours à l'écrire, et nous avons maintenant 1000 jours pour transformer l'essai. » — Laurent Hublet, ministre bruxellois de l'Emploi, de l'Économie et de l'Économie numérique.
Brochure officielle « Brussels All.In » (PDF, 50 pages)
Cabinet du ministre Laurent Hublet — juin 2026. Document source intégral.
1. Le diagnostic : un poumon économique… qui s'essouffle
La brochure ne maquille rien. Bruxelles reste un carrefour économique majeur — 60 % du pouvoir d'achat européen dans un rayon de 500 km, 720 000 emplois intérieurs, 137 010 étudiants dans 49 établissements supérieurs, plus de 1 500 sièges d'organisations mondiales, 183 nationalités, 107 langues parlées. Mais le ministre assume frontalement le décrochage.
- 17,3 % de la richesse belge produite par la Région pour 10,7 % de la population.
- PIB régional : 103 milliards d'euros — PIB par habitant : 82 000 €.
- R&D : 2,53 milliards € (2,45 % du PIB), plus de 15 000 ETP.
- Taux d'emploi 20-64 ans : 63,9 % — parmi les plus faibles des régions-capitales européennes (Varsovie 86,9 % · Stockholm 83,5 % · Berlin 76,7 % · Paris 73,1 %).
- Croissance du PIB réel 2003-2023 : +24,3 % à Bruxelles, contre +43,8 % en Flandre et +37 % en Wallonie. Soit un écart de −19,5 points avec la Flandre.
- Croissance de l'emploi 2015-2023 : 0,6 % à Bruxelles, contre 1,2 % en Flandre.
- Jeunes NEET (sans emploi, ni études, ni formation) : 13 % à Bruxelles — près de 3× Amsterdam (4,4 %), 2× Stockholm (6,8 %).
- Faillites 2025 : 5 993 pertes d'emplois — plus haut niveau en 14 ans, juste derrière 2014.
- Financement tech : Bruxelles captait 38 % du financement belge des start-ups en 2023, 24 % en 2024, et… 8 % au premier semestre 2025. C'est l'effondrement.
Le constat du ministre tient en une phrase : « Bruxelles reste une ville riche, connectée, internationale, universitaire et innovante. Mais elle ne transforme plus suffisamment ces avantages en croissance durable, en emplois pour ses habitants, en ancrage productif, ni en passage à l'échelle pour ses entreprises. » Rarement un membre d'un gouvernement bruxellois aura nommé le décrochage aussi clairement.

2. Ce que Bruxelles a déjà — quatre domaines stratégiques
La brochure cartographie l'économie régionale autour de quatre domaines clés. Ce n'est pas anecdotique : la suite des mesures (ZAEB, écosystèmes thématiques, Cité de la Santé, MediaPark, Da Vinci, Solvay…) découle directement de cette grille.
- Souveraineté (finance, institutions, tech, cyber, régulation) — 216 000 ETP (40 % des emplois) et 48 % de la valeur ajoutée régionale.
- Santé (hôpitaux, sciences de la vie, e-santé) — 66 000 ETP, 18 hôpitaux, 240+ entreprises en sciences de la vie.
- Économie récréative et culturelle (HoReCa, événementiel, tourisme, culture, sport) — 60 000 ETP, 9,7 millions de nuitées/an.
- Manufacture urbaine (production, logistique, construction) — 45 000 ETP, 11 % de la valeur ajoutée.
Trois principes transversaux structurent l'ensemble : inclusion (12 entreprises de travail adapté agréées par la COCOF, 1 450 travailleurs en situation de handicap), transition environnementale (−47 % d'émissions GES en 2030 vs 2005, −67 % en 2040, neutralité 2050) et numérisation & IA.
3. L'objectif chiffré 2030 : 70 % de taux d'emploi
L'objectif est repris de la Déclaration de politique régionale et assumé noir sur blanc : passer le taux d'emploi de 63,9 % aujourd'hui à 70 % en 2030. Concrètement : 50 000 Bruxelloises et Bruxellois de plus au travail. À cela s'ajoutent trois cibles :
- Doubler la croissance du PIB bruxellois (de 0,7 % à 1,5 %/an).
- Doubler la part de l'industrie dans le PIB régional.
- −47 % d'émissions GES en 2030 vs 2005.
- Entrer dans le Top 10 des capitales européennes des start-ups (indice GSER).

4. Les cinq priorités, en détail
Priorité 1 — Faire de la Gare du Midi une porte d'entrée digne de Bruxelles
Le constat est sévère et juste : la Gare du Midi accueille ≈ 10 millions de voyageurs internationaux/an (dont 6,5 M Eurostar), c'est le premier contact de millions d'Européens avec la capitale de l'UE et de l'OTAN — et son image est « en opposition frontale » avec l'ambition affichée par la Belgique. La demande ferroviaire internationale en Europe doit croître de +153 % entre 2025 et 2050 ; le bicentenaire de la ligne Bruxelles-Malines (5 mai 2035) fixe un horizon politique mobilisateur.
Le potentiel économique est chiffré, en comparaison avec St Pancras / King's Cross à Londres : 300 à 500 millions €/an en activité commerciale, attractivité et valeur urbaine. La mesure phare : la création d'une société de pilotage « Bruxelles-Midi Développement » en partenariat public-privé (SFPIM + Région + actionnaire-opérateur privé) pour mettre fin à la gouvernance fragmentée entre 3 communes, Région, SNCB, Infrabel et État fédéral. Objectif : un quartier mixte (activités économiques, logements abordables, équipements, institutions publiques majeures) à horizon 2035.

Priorité 2 — Activer le Pacte de compétitivité fédéral
Une entreprise bruxelloise paie en moyenne plus de 2,5 fois ce qu'elle paierait dans sa périphérie directe. Le ministre active donc le Pacte de compétitivité fédéral, déjà utilisé après Opel Anvers et Ford Genk : une dérogation aux règles européennes en matière d'aides d'État, déclenchée par la fermeture du site Audi à Forest. Concrètement, sur 6 ans, le dispositif prévoit une exonération pouvant atteindre 25 % du précompte professionnel (soit −4 à −5 % du coût salarial) pendant 2 ans pour tout nouveau poste créé, sous réserve d'un maintien minimum de 3 ans. Rayon d'application : 40 km autour du site impacté — donc toute la Région.
Priorité 3 — Les Zones d'accélération économique bruxelloises (ZAEB)
C'est probablement le levier le plus structurant. Les ZAEB combinent quatre ingrédients :
- Une délimitation territoriale claire (PRAS + cadastre + zones de soutien fédérales).
- Une cellule Actiris dédiée, accessibilité mobilité, guichet unique « Fast Track » (permis, environnement, mobilité, aides).
- Un régime fiscal spécifique (fiscalité immobilière, réduction sur la part régionale de l'IPP pour certaines catégories de demandeurs d'emploi).
- Le recours aux « Net-Zero Acceleration Valleys » et autres instruments européens en complément.
Le mécanisme « brownfields » prévoit qu'un développeur réinvestissant un site sous-utilisé puisse signer une convention avec la Région et la commune pour obtenir : délivrance fluidifiée des permis, diminution temporaire du précompte immobilier, voire suspension temporaire des droits d'enregistrement — en contrepartie d'engagements environnementaux et sociaux (construction circulaire, crèches dans le masterplan, création d'emplois).
Le site pilote : ex-Audi Forest. 55 hectares, anciennement +2 % du PIB régional et 3 000 emplois. Sites suivants annoncés : Solvay (Neder-Over-Heembeek) et Schaerbeek-Formation. Le Port de Bruxelles devient l'axe structurant — avec un objectif explicite de 2 000 emplois supplémentaires, une transformation de gouvernance, et un rôle de laboratoire (bateaux autonomes, drones logistiques).

Priorité 4 — « Oxygen Brussels » : libérer l'oxygène des PME
Bruxelles compte 122 725 entreprises, dont plus de 96 % sont des PME de 0 à 10 travailleurs. Le ministre déploie un plan en 10 mesures, structuré court terme (2026-2027) / long terme (2028+) :
- Réforme de l'accès à la profession et de la profession ambulante.
- Guichet unique pour rationaliser les 250+ structures d'accompagnement à l'entrepreneuriat.
- Recentrage des aides publiques sur les moments décisifs (ancrage, croissance, transmission).
- Plateforme de transmission d'entreprises pilotée par hub.brussels + finance&invest.brussels (face aux 10 244 cessations de 2024).
- Renforcement de Brusoc pour les profils exclus du financement bancaire classique.
- Outils financiers dédiés aux entreprises industrielles.
- Délais de permis raccourcis (vérification de complétude : 45 → 20 jours), principe « Only Once », SPOC unique, account manager régional.
- Business Improvement Districts (BID) pour redynamiser Rue Neuve, Midi… (vacance commerciale jusqu'à 25 % dans certaines zones).
- « Buy Brussels » : capter une part plus large des 90 milliards €/an de commande publique belge.
- Publication par hub.brussels d'un aperçu fiscal lisible par type d'entreprise.
Priorité 5 — Redéployer l'économie de l'innovation
Le plan articule six axes pour stopper l'hémorragie tech : financement, écosystèmes thématiques, culture d'expérimentation, IA, talents et « Brussels European Commercial Court ».

- Financement — Recalibrage de finance&invest.brussels : ouverture explicite à la défense et aux technologies duales, seedfunding plus rapide (procédure allégée, comité restreint), création de fonds thématiques (IA, Gare du Midi, Port, sites en reconversion). Co-investissements SFPIM, Finexpo, Credendo. Pistes nouvelles : IPOready Euronext Brussels, basket bonds (modèle italien), prêt Proxi amplifié.
- Écosystèmes thématiques ancrés dans des sites physiques : Da Vinci + cluster Défense + Schuman (souveraineté) ; Cité de la Santé Erasme (santé) ; KANAL-Centre Pompidou + Mediapark + CONFEX (récréatif & culturel) ; Solvay + Port (manufacture urbaine).
- Sandbox réglementaires : cadre légal + point de contact pour autoriser des dérogations temporaires (santé, fintech, cybertech, spatial). Stimulus par la commande publique (trams de fret, bateaux autonomes, livraisons par drones).
- Bruxelles capitale de l'IA — Plus grand écosystème tech belge en volume, croissance de l'emploi tech +10 %/an entre 2023 et 2025 (+2 235 emplois internationaux). 32 % des entreprises bruxelloises de 10+ salariés utilisent déjà l'IA (vs 25 % Flandre, 21 % Wallonie). Lancement d'un comité de pilotage IA, inscription dans les sandboxes prévues par l'AI Act, ouverture des marchés publics innovants. Référence assumée à Collibra (spin-off VUB devenue première licorne belge).
- Talents — Mobilisation des Pôles Formation Emploi avec Actiris, modernisation des cartes professionnelles, attraction de jeunes diplômés non européens hautement qualifiés, meilleure valorisation du régime des expatriés et de la déduction R&D.
- Brussels European Commercial Court — Un tribunal de l'entreprise où plaider en anglais pour les litiges commerciaux internationaux, en cohérence avec le projet européen « EU Inc ». Mesure fédérale à activer.
5. Méthode : un cap, pas un catalogue
L'angle revendiqué est inhabituel à Bruxelles : pas un plan théorique aux centaines de mesures, mais une feuille de route courte assumant un cap, des priorités hiérarchisées et une politique du bilan. La réussite est explicitement conditionnée à une mobilisation collective avec l'Union européenne, le fédéral et les Régions — avec un appel répété au réflexe « Bruxelles-friendly » de toutes les institutions.
« Pour redonner de la fierté et prospérité à Bruxelles, on y va à fond. La tête haute. Vollenbak. All In. » — Laurent Hublet.
6. Notre lecture éditoriale — pourquoi c'est, sur le papier, une bonne nouvelle
Disons-le franchement : Bruxelles manquait depuis des années d'idées, de motivation et de leadership économique assumé. La législature précédente — celle du « cap Vervoort » — avait laissé l'impression d'une capitale en pilotage automatique, incapable de nommer ses propres faiblesses ni de fixer des objectifs chiffrés vérifiables. Brussels All.In rompt avec ce style.
Quatre éléments rares méritent d'être salués sans flagornerie :
- Un diagnostic public et chiffré du décrochage (taux d'emploi, croissance PIB, financement tech, faillites, NEET).
- Une cible mesurable : 70 % de taux d'emploi en 2030, 50 000 emplois supplémentaires, doublement de la croissance.
- Une politique du bilan assumée — « ce qui compte, ce sont les résultats concrets » — au lieu du brouillard de mesures sans indicateur.
- Un calendrier daté : 1 000 jours, échéance 2035 pour la Gare du Midi, pilote Audi/Forest immédiat.
Les angles morts existent. Le chiffrage budgétaire global n'est pas explicité dans la brochure. Le détail de la gouvernance « Bruxelles-Midi Développement » reste à écrire. Et surtout, plusieurs leviers décisifs (Pacte de compétitivité, Brussels European Commercial Court) dépendent du fédéral — la coopération entre niveaux de pouvoir devra suivre.
7. Les Bruxellois peuvent-ils enfin tourner la page du cauchemar ?
C'est la vraie question politique. Brussels All.In n'efface pas, à lui seul, dix ans de défiance, de propreté défaillante, d'insécurité dans certains quartiers, ni l'effondrement du financement tech à 8 %. Mais c'est, à notre lecture, la première feuille de route économique bruxelloise depuis longtemps qui parle aux entrepreneurs comme à un partenaire adulte — et non comme à un suspect.
Le cap Vervoort semble enfin derrière nous. Le gouvernement Dilliès affiche une ligne lisible. Reste désormais à transformer l'essai. 1 000 jours.
8. Notre engagement — Election.brussels veillera, dans la durée
Nous ne sommes ni un porte-voix du cabinet, ni un opposant systématique. Notre ligne est simple : vérifier sur le terrain. D'ici 2029, Election.brussels publiera un baromètre semestriel Brussels All.In traquant :
- Le sort du site ex-Audi Forest comme ZAEB pilote : repreneur, premier permis Fast Track, premiers emplois créés.
- Le déploiement effectif d'Oxygen Brussels : guichet unique opérationnel, délais de permis tenus, plateforme de transmission lancée.
- La gouvernance « Bruxelles-Midi Développement » — actes constitutifs, premiers investissements, calendrier 2035 tenu.
- Le financement tech bruxellois : le pourcentage du financement belge capté par Bruxelles remonte-t-il au-dessus de 8 % ?
- Le taux d'emploi trimestriel et la trajectoire vers 70 % en 2030.
- L'activation effective du Pacte de compétitivité fédéral et le périmètre de la zone de soutien bruxelloise.
Chaque indicateur sera publié, sourcé, comparé à la cible et opposable. Si les promesses tiennent, nous le dirons. Si elles décrochent, nous le dirons aussi.
Merci, Monsieur le Ministre, pour ce niveau d'exigence. Bruxelles manquait cruellement de cap. La page peut enfin se tourner — à condition que les 1 000 jours qui viennent transforment l'essai.
Sources
- Brochure officielle Brussels All.In — Feuille de route économique pour Bruxelles 2026-2029, 50 pages, Cabinet du ministre Laurent Hublet, juin 2026 — document intégralement lu et cité.
- Post LinkedIn officiel de Laurent Hublet annonçant Brussels All.In (25 juin 2026).
- BX1 — « Voici le plan de Laurent Hublet pour redresser l'économie bruxelloise d'ici à 2029 » (juin 2026, via Belga).
- Région de Bruxelles-Capitale — fiche officielle du ministre Laurent Hublet.
- Eurostat — taux d'emploi 20-64 ans des régions NUTS 2 (lfst_r_lfe2emprtn, 2025). Statbel — usage de l'IA en entreprise. IBSA et ULB (2024-2025) — études sur l'effet multiplicateur des investissements publics.
Article rédigé par la rédaction Election.brussels — média indépendant, non officiel. Protocole anti-hallucination IA appliqué : tous les chiffres, citations et engagements cités proviennent vérifiablement de la brochure officielle Brussels All.In (50 pages, juin 2026), du post LinkedIn du ministre du 25 juin 2026 ou de sources publiques nommées (Eurostat, Statbel, BX1, fiche officielle Région de Bruxelles-Capitale). Aucune déclaration n'est inventée, déformée ou extrapolée. Image d'illustration : couverture officielle de la brochure (Cabinet du ministre Hublet), reproduite à des fins d'information journalistique. Droit de réponse ouvert pour toute personne citée.
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